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María et moi : Une exception confirmant la règle

Des ouvrages de parents d’autistes à propos de leurs enfants, vous comme moi savons qu’il y en a un sacré tas. Ces dernières varient entre, au mieux, de l’histoire faite pour attirer les émois des personnes neurotypiques nous érigeant un statut de modèle de courage et autre pseudo-titre que nous n’avons absolument pas demandé, et, au pire, de la désinformation et un bon coup dans l’aile de la déconstruction des clichés que nous essayons tant bien que mal de mener à bien. Ce tout nous invisibilise encore plus, couvrant nos voix par les hurlements de cette société validiste.

Mais il arrive néanmoins parfois de trouver une fleur dans ce tas de purin, et c’est de cette fleur dont je vais vous parler aujourd’hui. Une exception qui confirme la règle. Il s’agit de la BD María et moi.

      
María et moi est une BD en deux tomes, María et moi (publiée en 2007) et María a vingt ans (publiée en 2016), par María Gallardo et Miguel Gallardo.

J’attire votre attention sur ce détail : le père met sa fille à son niveau en tant qu’autrice de la BD avec lui. C’est assez rare pour le souligner.

Ces deux BD, il s’agit tout simplement de deux sortes de carnet de voyage du père, Miguel, qui vit à Barcelone et donc à trois heures d’avion de chez María, et qui la prend avec lui pour les vacances de temps à autre. Dans les deux tomes, il raconte des vacances qu’il a eu avec elle.

Dans le premier tome, María a douze ans, et dans le second, comme son titre l’indique, vingt.

Ce que j’ai ressenti en lisant cette BD, c’est tout l’amour qu’éprouve le père envers sa fille. Il parle de ses bons moments comme de ses mauvais, mais dans tous les cas il fait un truc tout con qui est pourtant la « solution miracle » :

Il s’adapte. Tout simplement. Il n’essaye pas de changer sa fille pour la faire ressembler à son idéal, malgré les regards et le jugement des autres (que María ne semble pas percevoir) qui auraient pu le mener sur une autre voie.

Il ne cherche ni à attirer la pitié sur sa fille, ni à l’idéaliser, deux cas trop souvent exploités. Bien entendu, il parle des qualités de son enfant : sa mémoire des visages, son humour particulier, et d’autres choses, mais jamais sa parole ne semble forcée. Il dit les choses telles qu’elles sont.

 

 

Bien entendu, il lui arrive de temps à autre de se demander ce qu’il se passe dans la tête de María, mais il se pose cette question au même titre que n’importe quel parent, qui se demande à quoi pense son enfant. Le père a d’ailleurs un certain humour particulier aussi, et vraiment appréciable. Il n’hésite pas à tenter de communiquer avec elle :

Dans le second tome, Miguel parle du fait que cette BD a eu un certain succès dans son pays d’origine, ce qui est positif : c’est un très bon modèle de comportement envers son enfant.

Il y a néanmoins un aspect qui pourrait malheureusement en repousser plus d’un : le style de dessin. Le premier fait vraiment « petit croquis de caret de voyage », ce que j’aime beaucoup et qui n’est en rien un défaut mais peut repousser au premier abord, et le second, bien qu’un peu moins « épuré », garde cet aspect. Mais même si vous êtes rebuté au premier coup d’œil, l’effort en vaut la peine.

En bref : foncez cueillir cette fleur !

Chise.

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