Revenir à Bien-être

Autiste et heureux… Si si c’est possible!

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il me semble important d’apporter quelques précisions quant au terme: « être heureux »… Chacun pouvant donner sa propre vision du bonheur. (Je rappelle que quand les mots sont en couleur, ils cachent des définitions ou des liens sympas 😉 ).

Le bonheur étant une chose plutôt personnelle, chacun peut être heureux pour différentes raisons. Certains se contentent de peu, d’autres ont besoin de beaucoup, il ne s’agit pas de juger les uns et les autres, seulement, trop souvent, je vois associer à l’autisme, que ce soit par des neurotypiques ou par certains autistes: le malheur… Ainsi, un autiste serait:

Certains affirment carrément (sur les réseaux sociaux notamment) que les autistes ne peuvent ni être fiers, ni être heureux d’être ce qu’ils sont. Et quand nous, autistes, osons dire que c’est faux, on se voit qualifiés d’imposteurs, de faux autistes (et donc de menteurs), ou de privilégiés pas « assez » autistes.  u_u

Au final, entre ceux qui critiquent la moindre plainte autistique et ceux qui critiquent la possibilité que l’on puisse être heureux, c’est toujours l’autre, celui qui n’est pas nous, qui ne vit pas à notre place, qui décide de ce qui est ou pas moralement correct, selon une norme plus que critiquable… Ce qui n’est pas logique, vous en conviendrez.

Suis-je bien placée pour parler du bonheur des neurotypiques? Non… Parce que je ne suis pas « vous ». J’ai longtemps cru qu’il me fallait être comme vous et que c’est parce que je n’y arrivais pas que je n’étais pas très heureuse dans ma vie, mais ça, c’était avant de comprendre que je suis différente, et que mon « malaise » n’est pas de mon fait (ni du votre d’ailleurs). Pour être tout à fait vraie, j’ai toujours été heureuse, mais seule… loin des interactions sociales.
Mes moments de souffrance (de vécu très dur, dixit les spécialistes), ne sont au final que des périodes où je me méconnaissais et où j’essayais de rentrer dans un moule pas fait pour moi, en m’entourant de gens pas faits pour moi non plus… Lutter contre soi-même en permanence, ne pas connaître ses limites, avancer sans se connaître et se comprendre, sans comprendre ce qu’on fait de mal aux gens pour qu’ils soient à ce point cruels ou méprisants, c’est pas être heureux, c’est sûr. Se rendre compte à 35 ans qu’en fait, non, les autres ne réfléchissent pas comme vous, apprendre que d’ailleurs, certains ne réfléchissent presque pas du tout à leurs actions et leurs conséquences. Se torturer parce qu’on n’a pas su dire ce qu’il fallait au moment où il l’aurait fallu, se repasser en boucle de mauvais évènements, se penser totalement stupide ou folle, éviter inconsciemment toutes les situations qui mettent en échec ou en détresse, éviter presque tout…

Mais est-ce que c’était de la faute de l’autisme vraiment, ou était-ce justement parce que je ne savais pas ce que j’étais, et donc avec quelles cartes (clefs, codes) je pouvais avancer dans votre monde (dont je me suis toujours sentie totalement étrangère..)?  Non, ce n’était pas de la faute de l’autisme, c’était de ne pas le savoir qui m’a mise dans de trop mauvaises situations. Chaque fois j’ai cru que je pouvais gérer des choses qui me dépassaient totalement, et mon jeu de caméléon faisant illusion pour des gens lambdas, et sur une courte durée (passé un certain temps on me donnait des petits noms sympas comme: la sauvage, la psychopathe, la pas sociable…), personne ne s’est dit que j’avais besoin d’aide, ça m’a usée au niveau santé et blindée au niveau moral, puisque vous le savez probablement déjà, nous les autistes, on apprend de nos échecs/erreurs, on fait des essais, et en général on ne refait pas les mêmes erreurs, on les refait, mais différemment xD
Et laissez moi vous dire que j’ai une véritable collection d’échecs, et que mon éternelle évolution me permet d’aider pas mal de gens…  :p

Je reviens sur le sujet du bonheur donc… Avant de savoir que j’étais autiste, j’avoue que je n’étais heureuse que loin des gens, dans ma bulle, avec mes enfants. Loin des gens car à l’époque, le moindre contact avec d’autres humains était tellement compliqué et énergivore, que je ne voudrais pour rien au monde retourner dans mon passé… Mais même en étant parfaitement inconsciente de ce que j’étais, j’avais des moments de bonheur. Je faisais plus de crises autistiques (meltdown/shutdown) parce que je ne savais pas gérer mes surcharges sensorielles vu que je n’en étais pas consciente, j’étais plus stressée, parce que je ne savais pas me protéger. Souffrir, ce n’est drôle pour personne, mais le pire c’est de ne pas comprendre pourquoi… C’est pour cela que le diagnostic d’autisme est important et nécessaire, même très tardivement!
C’est aussi vrai pour d’autres diagnostics, comme mon article prend quelque peu une tournure « témoignage », je suis également fibromyalgique, et avant de le savoir, je pensais à des choses bien pire (même si c’est déjà pas mal j’avoue xD ).

« Quand un animal est blessé, on n’a pas les moyens de lui expliquer la façon dont on peut l’aider, il réagit comme un petit animal, c’est de cette façon qu’il communique sa peur ou sa douleur. Nous, humains, on ne peut pas lui expliquer les choses, on se doit d’éviter la morsure ou la fuite, et de rester calme pour pouvoir aider l’animal… Tout ça à cause d’un problème de communication, ou plutôt, tout ça à cause de nos différences de communication… Vous voyez où je veux en venir? Ben dans votre monde, avant de comprendre qu’il y avait de grosses différences de communications et de perceptions entre nous, j’étais comme un petit animal sauvage… qui attendait son prochain coup de bâton de la vie, se persuadant qu’au final, il devait sans doute le mériter… « .

Mais ce temps est révolu! Depuis mon diagnostic, et même un peu avant déjà (durant mon pré-diagnostic), je me fous vraiment de ne pas réussir des choses que les neurotypiques font naturellement. J’ai compris que nous sommes juste différents, que ma vision de la vie est valable, que toutes ces choses que je suis qui ne plaisent pas aux neurotypiques (pas tous, y’en a de très gentils), sont justement celles qui font que je ne suis pas comme eux… Et qu’au lieu d’essayer de leur « ressembler » pour m’intégrer, j’ai tout à gagner à vivre ma vie telle qu’elle me rend heureuse, en étant moi même et en faisant ce qui me plait à moi… Et depuis, je ne cesse d’être heureuse. Alors évidemment, il y a toujours du stress, des crises, de la fatigue quand je suis contrainte de socialiser, mais je vis tout ça bien différemment, je me pardonne surtout d’avoir des limites. J’ai accepté ma situation, je me suis autorisée à m’aimer telle que je suis. Je reviens de très très loin, j’ai vraiment de quoi être hyper fière de moi et je n’autorise pas les neurotypiques à m’imposer leur vision négative de l’autisme. Certains autistes deviennent dépressifs, pas à cause de l’autisme, plutôt à cause de ce qu’ils vivent en tant qu’autistes, et donc à cause de la société, de vous… et de vos codes totalement WTF et très probablement de vos attentes à vous!

Ce qui peut rendre malheureux un autiste, ce n’est pas son autisme, c’est l’extérieur, le rejet, la maltraitance, le jugement, la demande de conformité trop forte, vivre en dépassant sans arrêt ses limites (sensorielles par exemple) dont il n’a pas vraiment conscience, ne pas être considéré, devoir se camoufler en permanence, ne pas être soigné correctement…etc… ce n’est pas d’être autiste… Donc cessez de parler à notre place svp, (pour la 140.000eme fois).

Cessez de vous baser sur vos propres vies pour définir ce qu’il manque aux notre selon vous et vos conceptions de la vie, que nous n’avons pas… On peut être autiste et être heureux, on est des tas à avoir nos petites routines, à être autonomes. Il y a des choses à changer, il faut avancer en matière de prises en charge pour nous aider à évoluer en limitant les traumatismes, de formations, d’emplois (mais bon, le facteur « manque d’emploi » ne touche pas que nous) mais ça n’est pas pour autant qu’on est voués à être tristes et dépressifs juste parce qu’on est autiste…

Confidence au passage, si demain on me dit qu’on peut m’enlever soit mon autisme, soit ma fibromyalgie (genre la pilule bleu ou la pilule rouge) sans hésiter une seule seconde, je choisis la fibromyalgie. Mon autisme je le garde, vous ne me manquez pas du tout, mon petit monde est parfait tel qu’il est- Ma vie n’est pas parfaite, mais vos vies à vous ne le sont pas plus que les notre, le bonheur ne se comprend bien que lorsque on dépasse des moments difficiles, et pour ça, on est champions nous… Les autistes.

Illustration de @Kaykayla___ plus connue sous le petit nom que je lui donne: « Fille ».

Force et cuillères à tous, soyez fiers de vous! Et profitez de la vie, elle est bien plus belle que « les gens » 😉    (just_autist)

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