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TSARA : un jeu mobile sur l’autisme

Le fait que le jeu mobile ait pris une place assez importante dans le monde du jeu vidéo n’est un secret pour personne. Étant donné leurs revenus colossaux et les jeunes créateurs talentueux qui viennent s’y faire la main, de plus en plus d’entre eux arrivent sur le net, nous permettant désormais d’en trouver de tous les genres : jeux de cartes, dérivés de candy crush, jeux de combats, de stratégie, ou encore des dérivés de licences déjà existantes tel que Pokémon Go pour citer celui qui doit être le plus connu. Que le jeu éducatif s’ajoute au tableau n’a absolument rien de surprenant. Et celui dont je vais vous parler en est un.

Ce dernier est-il une perle ? Nous allons voir ça tout de suite.

TSARA, c’est quoi ?

Tsara est un jeu éducatif gratuit développé « L’équipe TSARA » et édité par le CREAI d’Aquitaine. De base sur mobile, il est désormais possible d’y jouer sur le site du jeu que je vous mets en lien juste ici. Mais restez donc jusqu’à la fin avant d’y toucher !

Son titre signifie « Trouble du Spectre de l’Autisme et Recommandations aux Aidants » comme c’est expliqué dans la vidéo de présentation. Le jeu se place donc comme étant directement adressé aux aidants, et peut-être aux personnes souhaitant mieux connaître l’autisme pour le devenir, mais pas aux personnes autistes en elles-mêmes. J’ai bien conscience que le problème semble mineur, mais une personne autiste a aussi le droit d’avoir de bonnes sources d’informations originales et ludiques sur son propre handicap, afin de mieux cibler certaines choses. L’image et l’interactivité peuvent être de réels vecteurs de compréhension pour certain/es !

GAMEPLAY

Je ne parlerai ni du graphisme ni des animations car ce n’est pas ce qui nous intéresse, l’appréciation en est purement subjective.

La façon de jouer est plus intéressante à décortiquer.

Il faut déjà savoir que TSARA n’est pas vraiment adapté pour enseigner aux enfants ce que sont les TSA. Il serait plutôt à destination des adultes et n’a pas vocation à amuser (ce que je ne critique absolument pas).

On y suit l’histoire d’Adam, un garçon autiste, au travers de différents niveaux que l’on peut franchir à travers deux modes : « histoire » et « mode libre ». Dans le premier, il y a quatre catégories : fratrie (Où l’on voit la relation d’Adam avec sa sœur pour « montrer l’exemple » avec tout/e aîné/e non-autiste), enseignant (où l’on suit l’institutrice d’Adam), parents (pour montrer comment gérer en tant que parents) et adulte (où nous suivrons la vie d’Adam une fois adulte, à l’université et dans la vie active), et nous devons progresser de niveau en niveau jusqu’à la fin de chacun de ces « points de vue ». Le mode libre permet quant à lui de faire n’importe quel niveau.

Chacun desdits niveaux est découpé en trois parties : Une vidéo expliquant la situation de base, animée et doublée,

puis un QCM chronométré avec diverses propositions.

Et enfin un détail de la réponse, où l’on vous attribue une, deux ou trois étoiles selon la justesse de la vôtre, dans le but de vous enseigner « le mieux à faire ».

Et cet enseignement, le fait-il bien ?

Si l’on se référait uniquement à la véracité des informations, ces dernières sont justes et surtout sourcées, ce qui est un bon point à souligner. Elles démontent d’ailleurs certaines croyances populaires, notamment sur le gluten qui ne transforme pas les personnes autistes en entités démoniaques. Mais elles sont présentées de façon trop générale, comme si toutes les personnes autistes avaient tous les symptômes de façon systématique et les mêmes besoins, chose qui n’est jamais remise en question. C’est dommage, parce que c’est absolument faux.

Les explications données sont également trop spécifiques pour une personne non initiée, et trop connues pour toute personne connaissant déjà le sujet. La pédagogie a donc ici « le cul entre deux chaises ».

Mais là où le bât blesse réellement, c’est dans la forme. Le problème principal est, encore et toujours, celui de la représentation.

Le fait d’avoir un protagoniste, avec un nom, est malheureusement une erreur. Adam porte à lui seul tous les symptômes et clichés sur l’autisme. Ce problème aurait pu être brillamment évité s’il y avait au moins plusieurs personnages avec des symptômes différents. Et puis tiens, pourquoi pas une fille, pour parler d’autisme « au féminin » ?

Mettre une représentation autiste unique dans une œuvre qui ne le traite pas n’est pas dérangeant. Mais TSARA ne traite que ça.

Dans la catégorie enfant, on nous montre juste qu’Adam est un enfant difficile, avec une crise à pratiquement chaque niveau, et un entourage dépassé par les évènements. On ne nous le montre jamais vraiment content dans une famille réellement heureuse de l’avoir, et qui le prend comme il est.

La vie d’adulte continue malheureusement sur cette lancée… et pas en bien. Le problème est cette fois-ci aussi bien vidéoludique que réaliste : Adam n’évolue pas. Certes il peut vivre seul, a un travail (dans l’informatique, comme par hasard) mais le reste est parfaitement inchangé. Une personne autiste peut évoluer au cours de sa vie, et ce phénomène aurait mérité d’être mis en lumière. L’expérience est donc aussi frustrante en tant que joueur qu’en tant qu’autiste. On ne voit pas le héros évoluer comme ce serait le cas aussi bien dans la réalité, que dans n’importe quel jeu. Le rapport à la famille est aussi catastrophique, avec une femme malheureuse, un enfant triste…

Bien sûr que l’on ne voit que de toutes petites tranches de vie qui ne sont même pas destinées à un public neuroatypique. Mais pas de chance, on peut tomber dessus, et le fait de ne montrer que ça nous renvoie bien à la vision qu’ont beaucoup de gens de nous : des gênes à aider tout le temps.

S’il n’y avait que moi qui trouvais ces aspects peu engageants (doux euphémisme), j’aurais pu passer outre, mais je l’ai fait tester à diverses personnes, neurotypiques ou non (pour l’anecdote, just_autist désapprouve !), et leur point de vue convergeait avec le mien, ce qui prouve donc que le souci est ailleurs que dans mon côté tatillon.

Je me doute très bien que les intentions n’étaient pas mauvaises. Mais être à l’écoute de personnes TSA aurait permis de rendre le tout beaucoup mieux. Je ne peux qu’espérer un prochain projet moins déshumanisant.

Chise

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