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Savoir dire non! (quand on est autiste)…

Je crois sincèrement que nous, TSA, devons apprendre à dire « non »… C’est une chose qui nous est vraiment difficile pour différentes raisons et peut être encore plus lorsque l’on manque de confiance en nous- puis dire « non » peut engendrer une situation sociale qu’on ne va pas savoir ou vouloir gérer… comme par exemple l’insistance de la personne, l’humiliation ou le reproche.
 
J’ai appris à dire « non » pour ma part, assez tardivement- tout en ignorant mon autisme. Les gens que j’avais autour de moi me pompaient mon énergie (sans forcément s’en rendre compte comme je ne me plaignais jamais) et quand j’étais épuisée, évidemment, j’étais incapable de demander de l’aide.
 

C’est un médecin spécialiste (je ne sais plus lequel, j’en ai vu tellement et je me suis coincée de partout tellement de fois que pour le coup, je ne me rappelle pas, désolée), qui m’a dit un jour que si je me coinçais aussi souvent les cervicales, c’était parce que je ne savais pas dire « non », et que mon corps m’alertait de cette façon… Il m’a aussi dit que je devais apprendre à me reposer, et que mes propres tâches étaient suffisantes sans que je m’en rajoute… J’ai gardé ça dans un tiroir de ma tête. Savoir ça sans avoir de diagnostic de TSA ne m’a pas aidée à mettre cette théorie en pratique évidemment, d’autant que le poids de chaque échec « social » amoindrissait cruellement ma confiance personnelle… Et sans confiance en soi, difficile de dire « non », car un non, c’est s’affirmer!

Durant quelques années j’ai vécu très en retrait, l’éducation de mes enfants était la seule chose qui comptait à mes yeux, j’y consacrais la plupart de mon énergie, et les gens que j’ai « connu » sont des gens qui m’ont abordée. Chaque fois que j’ai laissé une personne m’approcher durant mon parcours, très vite, je me retrouvais à accepter des choses que je ne voulais pas et je ne savais pas comment me sortir de ça… Je me retrouvais dans des situations compliquées et la seule façon de m’en sortir était le meltdown, l’explosion quand je n’en pouvais plus. Et ensuite je me reprochais à moi même de ne pas être sociable et on m’a fait des reproches également très destructeurs.

 

Quand ma Fille était en cours de diagnostic pour son TSA, et que j’attendais le mien, que je devais gérer son bien être alors qu’elle vivait mal l’école, qu’il nous a fallu courir de spécialistes en spécialistes pour des bilans, je suis arrivée à un tel état d’épuisement, avec des crises (meltdown/ shutdown) causées par le peu de gens que j’avais autour, que j’ai commencé à refuser qu’on empiète sur ma vie et ma santé- plusieurs médecins m’ont encouragée à cesser de voir les gens qui me mettaient en crise ou qui se servaient de moi, ça ne s’est pas fait facilement, mais ça m’a fait du bien, ça m’a libérée de poids que je n’avais pas à porter, ça m’a permis d’avoir droit à cette solitude dont j’ai besoin pour récupérer.

Et j’ai tellement ressenti un bien être à ne plus me forcer à socialiser, à m’éloigner de toutes ces sources de stress, que j’ai commencé à dire « non » aux situations que je savais d’avance « foireuses » pour préserver mon bien être à moi… En fait je crois que ce qui a changé avec le « non », c’est que j’ai commencé à assumer qui je suis vraiment, à cesser de compenser pour « faire plaisir » aux autres, pour ne pas blesser ou ne pas être blessée et jugée en échange de mon refus de faire quelque chose qui m’ennuie. Ce qui a changé c’est que j’ai cessé de faire ce qu’on attendait de moi et je me suis très vite rendue compte qu’un « non » nous donne des informations sur la personne à qui on le dégaine…  ^_^

Et oui, parce que certaines personnes peuvent nous demander un service, ce n’est pas interdit, par contre certaines ne nous voient que comme une potentielle « béquille ». Ce n’est pas par hasard si les autistes attirent les pervers narcissiques ou ceux que j’appelle les « abuseurs », c’est parce qu’on est trop malléables, trop gentils au final et peut être un peu lâches parfois, on se cache derrière un « oui » pour éviter le conflit, la discorde. Et ça les gens qui se servent des autres pour avancer, ils le voient de suite, ils prennent ça pour une incapacité à nous affirmer, on devient la gentille chose qui va pouvoir servir et rien d’autre- nous on croit peut être se faire un ami, alors que NON, c’est une relation nocive… (ça sent le vécu n’est-ce pas? ^^).

Il est également important de savoir dire « non » quand on veut nous vendre une chose, quand on n’a pas le temps d’écouter une personne nous raconter des choses qu’on ne veut pas entendre, quand on n’est pas bien et qu’on ne veut pas faire une activité ou tout simplement quand on ne veut pas parler, quand une heure de rdv ne nous convient pas, quand un patron nous rajoute un travail de trop, quand un médecin ne nous convient pas etc… Ce n’est pas parce que nous sommes autistes qu’on doit toujours dire oui à tout.

Le refus est le premier pas vers des relations saines. L’affirmation de qui on est et de nos désirs est le deuxième pas vers une relation sincère. Que ceux qui ne supportent pas qu’on leur dise « non » aillent se faire voir. Ils ne méritent pas notre amitié ou notre dévouement si tout ce que l’on représente pour eux c’est l’aide qu’on pourra leur apporter!

Le « non » participatif de Fille 😉

Alors j’ai conscience que ça peut être difficile, mais sachez que j’ai développé littéralement la peur que ma fille ne sache pas dire « non » ou se défendre (parce que je ne voulais pas qu’elle passe par les même choses que moi), que j’ai réussi à en parler, que tout le monde a bien compris que j’avais vécu de multiples traumatismes à cause de ça et qu’ils ont réussi à me rassurer en me suppléant dans mon éducation. Ma fille est capable de dire « non » à ses pairs, à moi aussi d’ailleurs 🙂 Elle travaille encore à s’affirmer auprès des adultes qui font figure d’autorité, mais elle est en bonne voie. Donc ça s’apprend 😉

Et plus on s’y prend tôt, plus la personne est consciente d’elle même, de ses besoins, envies et qu’elle a confiance en elle avec une stabilité affective sur laquelle se reposer en cas de soucis, plus c’est facile. (On en revient à l’utilité du diagnostic et de son importance, surtout en cas de parcours très « cassé », et de l’importance de l’environnement).

Place aux liens pour creuser 😉

Affirmation de soi- oser dire NON  est un lien assez complet et intéressant dans lequel vous aurez des pistes pour comprendre d’où vient votre difficulté à dire « non ». Ils ne mentionnent pas l’autisme directement, mais vous y retrouverez ce que l’on vit en tant qu’autiste bien souvent…

Du coaching individuel pour savoir dire « non »  Toujours intéressant (et gratuit ^^), avec quelques méthodes et encouragements pour dire non. Pour certains ça me paraît un peu farfelu, mais d’autres sont sympas et je vais peut être en essayer (si je les retiens et arrive à les sortir au moment opportun :’) ).

Comment dire non pour finir, un lien de « WikiHow » (un site que j’aime bien perso), coécrit par 19 contributeurs, avec de bons conseils aussi.

Vous trouverez des tas de sources vidéos également, il vous suffit de lancer des recherches 😉
Mais vous pouvez également aborder ce sujet avec un(e) spécialiste du TSA si vous avez un suivi adéquat et que ça vous paraît trop difficile. 🙂

J’espère que cet article vous aura donné un peu d’énergie, et l’envie de dire « non » plus souvent 😉

(Just_Autist).

 

2 Commentaires

    • Penseur_Sauvage sur 26 août 2020 à 17 h 42 min

    Très bon article, je m’y reconnais beaucoup et je devine qu’i y a pas mal de similarités dans nos parcours. Ce qui m’a été difficile à réaliser personnellement c’est l’idée que l’on n’est pas redevable de quoi que ce soit à des inconnus. En termes philosophiques on parlerait de distinguer un devoir moral d’une action moralement vertueuse : aider quelqu’un dans le besoin est un acte vertueux, si l’on est en capacité de le faire sans que le coût pour nous-même soit excessif, alors il est louable de le faire. Mais ça n’est pas un devoir moral : nous ne sommes pas redevables au concerné de lui venir en aide, et dire « non » n’est donc pas une chose pour laquelle nous devrions nous sentir coupables.

    Je pense que c’est justement ce sentiment de culpabilité qui rend très difficile pour des TSA de dire « non », et je pense également qu’il provient pour beaucoup des parcours souvent difficiles des TSA non diagnostiqués. Arrivé à l’age adulte et après, il n’est pas rare que notre estime de nous-même soit largement affectée par toutes sortes d’experiences déplaisantes, et dès lors on en arrive à considérer que notre bien-être et nos intérêts personnels seraient d’une importance moindre que ceux des autres, y compris de parfaits inconnus, ou du moins de personnes envers qui nous ne sommes pourtant redevables de rien. Le lien entre la capacité à dire « non » et l’estime de soit est donc effectivement très étroit, et c’est à mon avis l’un des aspect les plus prioritaires à soigner dans la psychologie des TSA, car une mauvaise image de soi-même et un manque de confiance en soi handicapent largement le quotidien (on n’ose plus rien entreprendre et on subit des situations comme si on les méritait), de même qu’elles peuvent provoquer de nombreuses morbidités comme la phobie sociale (ma « spécialité »), la dépression ou encore l’isolement.

    1. Merci pour ce retour 🙂 Ce genre de chose m’aide à maintenir un peu une estime positive de moi même 🙂
      Je me retrouve également dans tout ce que tu dis, et mon ulcère spécial rentrée vient confirmer le stress qu’engendre l’anxiété à socialiser après une longue période de paix sociale avec des gens qui disent des trucs qui me gonfle ou qui sont écrasants (ou juste stupides) sans même se rendre compte qu’on s’en rend compte, bref, merci pour ce très bon commentaire, hâte d’échanger avec toi :D.

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