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Ted drôle de Coco : le parangon de la vision neurotypique malaisante

Bonjour, bonsoir à tous, aujourd’hui on va attaquer un gros morceau, et on va mentionner des sujets tels que le viol, les interventions psychiatriques forcées, maltraitantes et d’autres choses encore. Si vous n’êtes pas à l’aise avec ça, je vous conseille de quitter cet article et de vous tenir loin de la bande-dessinée que je vais vous présenter aujourd’hui. Pour ceux qui restent, une « petite » introduction s’impose :

Dès les premiers moments où une catégorie de personnes n’appartenant pas à la norme établie commence à être mise sur le devant de la scène, celle-ci procure en général, au premier abord, plusieurs réactions prépondérantes chez une majorité d’individus, dont par exemple, la crainte ou l’admiration. C’est malheureusement une étape qui se répète à chaque fois dans notre société si sélective, que cela concerne l’orientation sexuelle, le genre, le handicap, l’ethnie et bien d’autres choses encore. Et, depuis quelques temps, c’est vers l’autisme que les yeux sont tournés en France, plus particulièrement avec la sacro-sainte mention « asperger » (parce que bon « ce sont des génies donc c’est intéressant »…)

En effet, si le pays a en moyenne quarante ans de retard concernant le sujet, nos voix commencent peu à peu à s’élever, pour le meilleur, comme pour le pire. Le sujet devient « à la mode », tout le monde s’en empare, on en fourre partout comme de la crème dans des petits choux, y compris dans la fiction, majoritairement dirigé par des personnes peu concernées. Je vous invite à lire les articles d’Angie qui parle très bien de la représentation dans les médias.

J’attire votre attention sur le fait que les œuvres fictionnelles représentant les personnes neuroatypiques appartiennent dans 99% des cas à deux genres précis : L’horreur et le drame (souvent saupoudrés d’une pointe de romance, ou de comédie).

Dans le cas de l’horreur, où le souci de faire une bonne représentation est extrêmement rare et qui est donc malheureusement une montagne incommensurable de clichés sur les personnes ayant un quelconque trouble mental, l’autisme est des plus discret, se contentant souvent d’être noyé dans la montagne de films voir de romans parfaitement oubliables, dont le titre ne vous revient pas, et à moi non plus d’ailleurs. Mieux vaut les zapper.

Le cas du drame, au contraire, on commence à en être débordés. Quand ce n’est pas une personne parlant elle-même de son handicap (et si vous en cherchez des bons je vous recommande encore un article d’Angie) ce sont, soit des œuvres de fictions, dont le personnage principal, majoritairement un homme, construites à partir de deux ou trois extraits de bouquins de psychos et collés avec du scotch, soit des proches d’autistes contant leur histoire, ou celle de ce qui est dans une grande majorité des cas leur enfant, qui sera alors pris en exemple. Le tout découle de ce que l’on nomme l’inspiration porn, soit le fait de tirer des leçons de vie d’une personne en situation de handicap (mais qui peut se retrouver dans d’autres cas cités au premier paragraphe), avec une pure vision de personne valide aux yeux de la société, qui voit la vie d’une personne handicapée comme étant forcément vachement triste et douloureuse, sans jamais se dire que la société est peut-être en grande partie en cause, le tout nous ajoutant bien des pressions inutiles.

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça en introduction ? Parce que la bande-dessinée est une sorte de fusion entre tout ces concepts.

Je vous présente aujourd’hui Ted, drôle de Coco.

Ted drôle de Coco est un drame en BD scénarisée et dessinée par Emilie Gleason, parut en août 2018 aux éditions Atrabile. Celle-ci s’est inspirée des caractéristiques de son frère, en la romançant et créant tout un « scénario » autour. On va y revenir, après avoir fait un petit point sur le dessin.

Le style de dessin peut vous plaire ou pas, là-dessus, vous êtes le seul juge. Mais attention : certaines planches fourmillantes de couleurs flashies peuvent éventuellement faire du mal aux personnes hypersensibles visuellement. Je me contenterai de peu d’images.

Le scénario maintenant. Nous suivons la vie de Ted Gugus, homme autiste de vingt-six ans, travaillant dans une librairie dont le quotidien est bouleversé à cause d’une ligne de métro coupée et qu’une veille femme le sorte de son meltdown. Il en « tombe amoureux », et s’en suivent alors diverses étapes sans trop de logique entre elles, comme dans la vie quotidienne, avec des évènements plus rocambolesques, que je vais majoritairement aborder dans cette liste de points négatifs :

Les tocs, manie et autres habitudes

L’un des principaux ressorts de l’œuvre sont les manies. A la manière de la différence invisible, les cases sont répétées pour montrer une routine. Le problème, c’est que l’autrice en fait juste beaucoup trop, surtout avec les places dans les transports en commun, qui font passer le personnage principal comme insupportable. Les crises de panique et autres choses du même genre découlant majoritairement de ces dernières, sont quant à elle plutôt pas mal, je dois le reconnaître, mais un autre problème en découlera plus tard.

l’Humour

Entre les nombreux gags sur la puanteur et l’urine (qui peuvent vraiment concerner certaines personnes), la mise en scène ridicule de certains passages, supposés être sérieux tel qu’un viol ou une tentative de suicide, c’est un dangereux échec qui en mettra mal à l’aise plus d’un. Parlons-en au point suivant.

L’amour et la  sexualité

Ted ne comprend visiblement que très peu ce que sont les sentiments amoureux, et le peu qu’il en sait provient d’œuvres fictionnelles dont il semble être friand. La vieille dame a été tellement gentille avec lui qu’il aurait pu prendre de la sympathie comme tel, et lui propose même de coucher avec lui, sans trop comprendre ce qu’il fait. Heureusement cela n’arrive pas (la vieille séniore croyant à une blague). Mais il n’a pas le temps de lui demander ses sentiments puisqu’elle se fait renverser par un véhicule (sans mourir). Ted tente alors de se suicider dans une scène montrée comme étant comique.

Mais passons à la sexualité à présent. C’est là un sujet qui me tient énormément à cœur. Et dans cette histoires, non seulement l’acte sexuel est montré comme une sorte de rite de passage, mais en plus… c’est un viol. Tourné au gag.
Contexte : Ted, après avoir ramassé un portefeuille, va suivre son propriétaire pour le lui rendre, et doit rentrer pour cela dans un lieu de débauche sexuelle. Après avoir rencontré une personne dansant pour lui, cette dernière va lui faire découvrir de force, le plaisir buccal, sans que Ted ne comprenne ce qu’il se passe. Tout dans la mise en scène montre que c’est supposé être drôle et Ted n’en est pas traumatisé, ce qui n’en reste pas moins atrocement malsain. Des choses comme ça, ça arrive tout le temps, et ce n’est pas une blague.

La famille

On ignore à quel point la famille que dépeint Emilie est similaire à la sienne (bien qu’elle mentionne à la fin que ses parents pleuraient tout les soirs), mais elle est clairement toxique et montre tout ce qu’il ne faut pas faire. Aucun moment d’affection ne sonne juste. Ils n’écoutent jamais leur enfant, ne lui explique jamais rien, le trainent chez des spécialistes sans jamais rien dire, et se plaignent tout le temps. Par chance, ils ne sont pas montrés en tant qu’exemple. Mais tout de même, tout est fait pour montrer que Ted est pour eux une épine de la taille de la tour Eiffel.

HP, médicamentations et mort

Après qu’on l’ait eu forcé à prendre un grand nombre de pilules, Ted est maintenant touché par des épisodes psychotiques, dont la mise en scène inspirée des codes de l’horreur, le diabolise pas mal, notamment lorsqu’il tue le chien de la famille (qui certes lui a mordu la jambe, mais tout de même). Il se retrouve alors définitivement catapulté dans un institut psychiatrique, où il n’est encore une fois pas écouté (en fait, il n’est écouté par aucun personnage de l’œuvre), et où il trouvera la mort en tombant dans un ravin car il voulait courir pour s’échapper. Le tout se termine sur une scène hallucinée, où il voit une dernière fois sa famille lui dire qu’ils l’aiment, puis se foutre de sa gueule car il est mort, et sur la vision de son cadavre avec la camisole déchirée.

Voilà. Que dire de plus ? L’autrice n’avait bien entendu certainement pas de mauvaises intentions, mais l’exécution est si maladroite et projette tellement de choses dangereuses qu’au final, il aurait mieux valu ne rien faire. Bien que je doute que ce soit volontaire, Ted est rendu insupportable par le fait qu’il soit un conglomérat de clichés qu’on voit partout, et la mise en scène n’aide vraiment pas. Tout est fait pour le montrer comme une gêne pour tout le monde, y compris les personnages n’apparaissant que dans une case ou deux, et ceux qui l’acceptent ne sont pas forcément les meilleurs personnages. Comme pour crier « Hey! T’auras jamais un entourage sain qui respecte tes décisions et t’accepte en tant que personne ». Le fait que tout ceci s’inspire d’une vraie personne n’est également pas en sa faveur. Qui aimerait être projeté dans une histoire pareille ?

Et le pire, c’est que dans cette période où l’autisme est bien posé sur la table, oups, pardon, le syndrome d’asperger (Ted préférant ce terme parce qu’il n’est pas utilisé comme insulte, ce qui témoigne de la distanciation entre asperger et non asperger qui est encore présente, et qui risque au bout du compte d’exorciser ce que l’on nomme le terme de « spectre autistique » pour le commun des mortels), cette BD cartonne. Il y a beaucoup d’articles qui lui sont consacrés et en font l’éloge. Et nous n’avons malheureusement pas besoin de ça.

Prenez soin de vous et si une soudaine pulsion masochiste vous encourage à lire cette bande dessinée pour constater les dégâts, prévoyez de quoi vous détendre.

Chise

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